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sur le sentier des Roches


La rencontre / Les fiançailles / Le mariage / Le temps des voyages

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On goûte les joies de la neige

Mais l’hiver est aussi mis à profit pour des excursions dans les Vosges. Au seuil de cette année 1935 une randonnée conduit les fiancés, le 30 décembre, chez la tante Sophie au Hohrodberg qui leur réserve un «accueil magnifique» et les héberge. Le lendemain, après un détour aux Katzensteine, ils poursuivent leur excursion par la Schlucht dans une tempête de neige et atteignent «avec grande peine» l’hôtel du Hohneck. En chemin, les fiancés se prennent mutuellement en photo sur le sentier des Roches. Enfin, le Jour de l’An, par les lacs du Fischboedle et du Schiessrothried, ils descendent à Metzeral et rentrent à Mulhouse.

     La neige est donc tombée dans les Vosges et le week-end suivant, au Markstein, Jean fait ses débuts en skis, ce qui déclenche chez sa fiancée, qui l’initie, des accès de fou rire. Après plusieurs grands écarts involontaires et davantage tenté par les sports d’équipe, il ne fera guère de progrès. Jeanne, au contraire, a déjà une certaine pratique, sans doute acquise à l’Ecole Normale (il reste de cette époque une image d’elle et de son amie Jacqueline Haas sur un champ de neige) et confortée par le stage savoyard. Elle conservera longtemps, comme un regret, ses lattes en bois, taillées en pointe et munies de lanières de cuir, exceptionnellement ressorties l’hiver à Saint-Quentin pour de courts trajets sur les routes enneigées à la remorque de la «traction-avant». Jean, lui, en restera aux rudiments, suffisants pour les longues et lentes descentes entre les sapins enneigés.

     En effet, il ne faut pas se représenter des remontées mécaniques et des pistes aménagées (le premier «monte-pente» n’a été
installé qu’en 1935-36 à l’Alpe d’Huez), mais des montées matinales en autocar, suivies de longues randonnées sur les crêtes entre les refuges du Treh, du Breitfirst, du Schaffert et du Hahnenbrunnen; enfin des retours par les chemins forestiers jusque dans la vallée, par exemple du Markstein à Saint-Amarin. La CTA (Compagnie de Transports Automobiles) offrait, outre ses lignes régulières, un service d'excursions dans les Vosges au départ de la Place de la Gare à Mulhouse. Une alternative était le départ matinal en train pour Wesserling et la montée en ski au Markstein vers le nord ou au refuge du Rouge Gazon vers le sud. Les dimanches de ski se suivent et ne se ressemblent pas. Le temps varie d’une fois à l’autre: brouillard ou vue jusqu’aux Alpes; la compagnie aussi varie: à deux ou, un dimanche de mars au Breitfirst, en une bande de douze amis du SUM, dont les inévitables Ch. Daske, Ch.Buchi et A.Weiss. A vrai dire, Jeanne, en congé de maladie à l’époque, ne semble pas trop mal se porter.


         dans les Vosges

    Comment s’organise la vie en semaine? Les fiancés sont séparés et s’écrivent intensément comme en fait foi l’agenda. Ils se rencontrent brièvement le lundi matin à la gare où Jean prend le train, à 6 h 15, pour Colmar et Stosswihr, et Jeanne - tant qu’elle travaille - pour Wittelsheim. Celle-ci a certes à Rossalmend – à deux pas de l’école – une chambre pour laquelle elle paie un loyer de 75 F, mais il semble qu’elle utilise peu ce pied-à-terre durant la semaine qui, de toutes façons, est interrompue par le congé du jeudi. Quant à Jean, il ne revient que le samedi, ou exceptionnellement le vendredi soir, ayant passé toute la semaine à Stosswihr, où cependant le registre d’immatriculation n’enregistre son arrivée dans la commune que le 12 mai 1935 pour y exercer la «profession d’employé». Est-ce une négligence? Tout indique (courrier, déplacements) qu'il loge, depuis son engagement à la SAPIT fin 1934, à Stosswihr, dans la vallée de Munster - peut-être dans cet Hôtel Herr dont il a photographié la vue depuis une fenêtre. Quand, par un jeudi d’avril, Jeanne monte au Hohrodberg, c’est à Stosswihr qu’elle déjeune, en passant, avec lui «chez Herr» précisément.

La lettre retrouvée

    En juillet 2007, soit près de 70 ans plus tard, Arielle, une petite-fille de Jean et Jeanne a retrouvé par hasard une de ces lettres qu'échangeaient ses grands-parents fiancés. Celle-ci était restée coïncée derrière un tiroir de secrétaire et a été mise au jour lors d'une réfection de ce meuble. Expédiée de Stosswihr le 7 mars 1935, elle rend bien compte de cette période agitée. "Hansi" annonce à "Hansli" qu'il ne pourra pas rentrer avant samedi soir. Il a dû parlementer lors d'une grève jusqu'à en être enroué et l'introduction d'un nouveau "système" lui donne un "boulot du diable". Une allusion à un "nouveau bobo" de sa fiancée semble indiquer que les congés de maladie de Jeanne ne sont pas tout-à-fait injustifiés.

    L'agenda de Jeanne a gardé la trace de ce courrier reçu le lendemain: "l. de Jean (ne vient pas)". Un note précédente fait allusion à un mal de ventre soigné avec un cataplasme: le "bobo" évoqué dans la lettre et qui est sans doute un premier symptôme de la crise d'appendicite de juillet.

Hôtel du Hohneck





















          schuss!!!



         plouf!