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la maison, avenue de la Républiqu


Route de Guise























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Des cigognes en Picardie

Enfin, le 17 janvier elle note: «à 2.30 vu maison 101 avenue de la République Bien. Propriétaire: un Alsacien: Armbrust». Il s’agit en effet de Joseph Armbrust, contremaître puis propriétaire de la brasserie des Deux Cigognes (deux car il avait pris son frère Louis comme directeur commercial) qui devint le Nain d'Alsace en 1953 avant de fermer en 1979. Le fait qu’il ait été alsacien (comme d'ailleurs Ritzler, le concierge de l'usine) a sans doute créé un préjugé en sa faveur. La maison, avec un grand jardin - actuellement le n° 131 - est située à la limite nord de la ville, dans un environnement encore semi-campagnard. En l’absence d’adduction d’eau, celle-ci est fournie par une pompe électrique qui se déclenche sporadiquement dans la cave avec fracas. Par derrière passe le petit chemin de fer du Cambrésis. Si l’éloignement obligera à de longs trajets scolaires à pied, il offre l’avantage de l’air, du calme et de la verdure.

    Le bail est signé chez Depambour et Mazy le jeudi 19 janvier et le dimanche suivant les nouveaux locataires sont invités chez les Armbrust pour le café, après s'être rendus le matin pour la première fois au culte (il faudra attendre le 7 mai pour que Jeanne note: "le pasteur nous parle")

    Toujours selon l’agenda, une Peugeot 202 est commandée ce même 19 janvier, payée avec la prime d’adieu offerte par Gherzi en guise de témoignage de satisfaction. C’est un modèle récent puisqu’il n’est fabriqué que depuis un an. La voiture arrive dès le jeudi 26 janvier et est immatriculée 5733 AF 5. Jean s'en sert dès ce jour pour aller travailler, mais elle n'est vraiment inaugurée que le lendemain: «Première promenade en auto». 

A propos de la  

    Les dimanches suivants - jusqu'à Pâques - seront consacrés à la découverte de la région, sous le soleil parfois, plus souvent sous la pluie: Guise, Cambrai, La Fère, Amiens, etc... On se photographie avec la nouvelle acquisition aux ailes aérodynamiques sur la route de Guise et devant «la maison vis-à-vis de la nôtre», qui n’est apparemment pas encore celle d’Edouard Vandendriessche. Cependant le bail ne commence qu'au début du mois suivant et, en attendant, on loge toujours à l'hôtel de la Paix au milieu des valises. Diverses autres commandes ont été faites, d’abord à Mulhouse, puis à Saint-Quentin: dans la première ville, chez Bappert, un appareil Telefunken (donné plus tard aux parents de Jean) et des disques pour 6 400 F; dans la seconde une chambre d’enfant.

  

La 202 devant le 101 

Le samedi 4 février, les déménageurs prennent les meubles laissés à Mulhouse et, le lendemain 5, Jeanne note simplement «Emménagement».

    Le destin est scellé, c’est l’installation pour plus de 60 ans dans la ville de Saint-Quentin. Les liens avec l’Alsace natale ne sont pourtant pas coupés. S’ils perdent peu à peu l’habitude de converser en dialecte, Jean et Jeanne - lui surtout, et particulièrement au téléphone - garderont toute leur vie l'accent caractéristique de leur province. Il y a aussi ces voyages réguliers entrepris à Pâques et en août, interrompus seulement pendant la guerre, de 1941 à 1944. Trois sœurs - Jeannette, Alice, Stéphanie - seront même recrutées successivement comme bonnes dans la même famille Rebert de Housseren près de Colmar. A Saint-Quentin même nos expatriés peuvent trouver de lointains échos de leur jeunesse alsacienne: dans la communauté protestante dominée par la forte personnalité du pasteur Robert Chéradame; dans le cimetière militaire allemand - but d'une de leurs premières promenades - où Jeanne transpose le souvenir de son père...

    Une dissonance cependant s’installe à ce sujet, d’abord discrètement, mais qui, l’âge venant, ira s’accentuant. Alors que Jeanne gardera toujours la nostalgie de sa «chère Alsace», son mari se trouvera parfaitement heureux dans son nouveau milieu où il s’épanouit dans sa profession et ses activités sociales. L’une rêvera toute sa vie de retourner au pays, sans d’ailleurs faire aucune démarche pratique dans ce sens, alors que l’autre s’y refusera, même à l’heure de la retraite, avec une détermination qui était elle tout alsacienne. Mais la question ne se pose pas encore: pour l’heure l’enfant - bientôt les enfants - grandissent heureux dans le microcosme préservé du foyer en ces temps tragiques de la guerre et difficiles de l’immédiat après-guerre.

    Début avril 1939, les photographies prises à Mulhouse, à l’occasion d’un premier voyage pascal, montrent là aussi un changement important: on reconnaît le jardin du nouveau domicile des parents de Jean, au 44 rue de Habsheim, qui restera aussi un point d’ancrage pour plus de 60 ans. C’est à cette adresse que Jean annonce à ses parents par une carte de Saint-Quentin (la Plage) qu’il est bien rentré à 17 h, après une pause déjeuner au Soleil d’Or de Joinville, qui deviendra traditionnelle. Sur les photographies de ce séjour on voit Xénia et Robert tenant dans les bras un enfant qui se débat. Ils ne le savent pas encore, mais pour eux aussi, comme pour des millions d’autres, de façon plus tragique, cette année 1939 marquera une rupture dans leur existence.

          101 avenue de la République

44 rue de Habsheim







 





























les Chéradame en 1946