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MM. Lévy, Buchmann, Ghidotti








à la filature avec O. Guichard, ministre



















La rencontre / Les fiançailles / Le mariage / Le temps des voyages

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Et le temps des voyages se termine

Au retour d’Europe centrale, le 13 avril, se placent trois semaines de vacances bien méritées. Elles sont passées à Mulhouse où on voit Jeanne promenant bébé au jardin Salvator et Place de la Liberté, en compagnie de Xénia, la tante et marraine de celui-ci. Puis, le 3 mai 1938, débute une nouvelle mission à Rouen, qui durera jusque novembre de la même année, avec MM. Baumann et Sauter. Jean est parti en éclaireur et annonce qu’il est bien arrivé et installé à l’Hôtel d’Angleterre, cours Boïeldieu. La carte montre classiquement la Cathédrale et sa Tour du Beurre. Le 11 mai, il envoie la première carte en couleurs de toutes ces années (le Gros Horloge) à sa «chère Hansie» pour lui dire qu’ils ne logeront pas, comme prévu, à l’Hôtel du Chapeau Rouge (existant encore en 2005, 129 rue Lafayette), mais qu’il a trouvé deux chambres avec salle de bain sur le "Corso", à une demi-heure de l’usine. Il doit s'agir toujours du Cours Boïeldieu puisque c'est l'adresse qui apparaît sur le permis de conduire de Jean, délivré par la préfecture de Seine-Maritime le 31 mai 1938 (Jeanne passera la sien le 23 novembre 1939 à Saint-Quentin). Jeanne le rejoint bientôt, mais n’envoie que le 19 mai le Gros Horloge (en noir et blanc) à sa mère, car - dit-elle - on a déménagé pour la troisième fois: ne trouvant décidément rien qui leur convienne, ils sont retournés finalement à l’Hôtel d’Angleterre. Est-ce que le bébé, trimballé d’une chambre d’hôtel à l’autre y prendra ce goût des voyages qui le caractérisera quand il sera grand?

    Quoique titulaire d'un permis, Jean ne possède certainement pas encore de voiture à l'époque: on en aurait gardé des traces photographiques. C’est donc plutôt en train ou dans une voiture d’emprunt qu’on va passer une journée de détente à Elbeuf à la mi-juin. On y visite le contre-torpilleur Chacal dont Jean envoie une vue à ses parents, sachant que son père est friand d’engins militaires, volants ou navigants.


     Le 26 juin, c’est à Deauville que Jean et Jeanne, après «une magnifique baignade», achètent une vue des jardins de la Plage Fleurie qu’ils envoient le lendemain à la grand-mère Schmitt. Des photographies gardent le souvenir de cette journée: papa - exceptionnellement avec des lunettes de soleil - maman, bébé et le collègue Baumann sur la plage devant une tente rayée; une halte dans l’herbe entre Deauville et Rouen, papa donnant le biberon. Le 10 juillet, deux cartes du château et parc zoologique de Clères partent pour le Faubourg de Colmar et la rue de l’Espérance, avec les signatures de l’équipe Gherzi au grand complet: Baumann, Buchmann, Bernasconi, Ghidotti, Sauter, Suter et même M. et Mme Levy en personne. Manifestement l'équipe s'est retrouvée pour une réunion festive et non dans le cadre du travail. De cet été il reste encore des images d'un passage à Sotteville et La Bouille.

     A la mi-août se placent de courtes vacances mulhousiennes, le temps de prendre des photographies dans la végétation touffue du jardin de Modenheim et de faire un saut à Obernai. Dès le 30 août, Jean retourne seul à Rouen d’où il expédie à Jeanne à Mulhouse une carte de l’église Saint-Maclou. Il évoque un rendez-vous, important pour l’avenir, à Saint-Quentin à l'usine Vandendriessche et fils où il a vu «le papa» (Gustave Vandendriessche - 1874-1946), le fils Robert étant retenu par une période militaire. Il avait donc gardé des contacts depuis sa mission saint-quentinoise, sans doute sollicité par les dirigeants de cette filature du 170 rue de Guise, qu’il s’attachera avec passion à diriger et développer jusqu’à en faire la troisième d‘Europe. C’est ainsi qu’en mars il avait reçu, en Hongrie, une carte expédiée de Saint-Quentin par un employé de la filature ou de Gherzi, lui donnant des nouvelles de l’usine.

Parenthèse: le destin de l'

      Pour la famille Vandendriessche le fils aîné, Robert (Roubaix 1906- Buenos Aires 1994), semble être le dauphin désigné. Il a fait l'Ecole de filature et tissage de Mulhouse et a obtenu son diplôme d'ingénieur, promotion 1925. En 1930 il participe à un voyage d'études aux Etats-Unis avec des professionnels du textile, dont Claude Béguin son beau-frère; il a en effet épousé Jacqueline, fille d'un industriel du textile. Brillant et actif, il s’investira dans l’action politique et sociale. Au sein du mouvement des Jeunes Patrons, un organisme dans la mouvance du catholicisme social et des idées corporatistes chères au pétainisme, il crée le Service d’étude des nouvelles méthodes de rémunération du travail (SERT), dont il devient le président. En avril 1942 il publie une étude intitulée: De la Communauté selon le tryptique Travail, Famille, Patrie. Cet engagement pétainiste l’obligera à s’expatrier à la Libération en Argentine où il créera une nouvelle entreprise textile. Parmi ses six enfants ses fils Philippe et Henri, encore nés en France, feront souche en Californie. Jean lui rendra visite en Argentine, en 1978, à l’occasion de la 11e coupe du monde de football. Son frère Edouard (1909-1971), qui prendra effectivement les rênes de l’entreprise Vandendriessche, était, lui, excellent négociateur - d’après le témoignage de Jean - mais plutôt un bon vivant. Comme Robert il avait fait l'école d'ingénieurs de Mulhouse, promotion 1930 et Jean, le précédant d'une année, a dû au moins l'apercevoir déjà à l'époque. La dernière page de l'album 1937-39 est consacrée au mariage d'Edouard dans la neige à Rouen où il épouse, en uniforme, Marie-Claire Blanchet le 30 décembre 1939. 

      Jeanne rejoint son mari, bientôt après, en compagnie de sa mère et de son grand-père, car on retrouve tout le monde en pèlerinage au cimetière de Montdidier le 25 septembre 1938. L’heureux papa pose avec le bébé devant une grosse berline d’un modèle ancien louée pour l’occasion, comme nous l’apprend une carte postée ce même jour. Novembre se passe encore, en partie au moins, à Rouen: par une carte du 1er de ce mois (église Saint-Maclou de nuit) Jeanne annonce à son grand-père: «Danyla est déjà un petit homme » [Danyla ist schon ein kleiner Mann] - ce qui n’apparaît pas sur les photographies prises le 11 novembre sur les quais du port à l'occasion du défilé, mais incontestablement sur cette photographie du 19 novembre où "Danyla" fait ses premiers pas en se tenant à la grille d’une pelouse.

      La cessation d’activité chez Gherzi coïncide avec la fin de l'année 1938. Outre l’attrait de Vandendriessche, la présence d’un enfant, ainsi que l’attente d’un deuxième (Liliane), a certainement joué un rôle déterminant dans ce passage à une activité plus sédentaire. Les contacts amicaux avec les anciens collaborateurs de ces années d’aventure ne seront pas rompus pour autant. Visites réciproques et correspondance entretiendront les relations avec, en particulier, Bernasconi à Küssnacht, Ghirardelli à Stresa, Baumann, Buchmann, et même Werner-Lévy aux USA. MM. Lévy, Buchmann, Bernasconi et Camillotti passent successivement à Saint-Quentin au printemps 1939 pour saluer leur ancien collaborateur. En octobre 1962 Jean se rendra à Zurich pour le 60e anniversaire du grand patron et à l'été 1980 encore il rend visite à son ancien collaborateur Baumann, retraité au Tessin.

     Le contrat chez Vandendriessche commence le 1er janvier 1939 avec un salaire annuel de 36.000 francs (qui passera à 120.650 francs dès l'année suivante et à 210.000 francs lors de la promotion en tant que directeur en 1945). Ce jour là, un dimanche, Jean part seul pour Saint-Quentin. Jeanne ne le rejoint avec son bébé que le jeudi 12 janvier, partant de Mulhouse à 0 h 13 et arrivant à Tergnier à 8 h 22, où Jean les attend pour les accompagner à Saint-Quentin où l'on arrive à 8h 50, après une nuit de train, dans le demi-jour d'un maussade matin d'hiver. Jeanne découvre pour la première fois cette ville où son père était peut-être passé avec son régiment au cours de la Grande Guerre, cette ville où ce même régiment «Graf Dönhoff» s’était déjà distingué en 1871. Elle est tout de suite dans l’ambiance puisque elle note dans son agenda: «Pluie. sale temps». Dès son arrivée, elle visite plusieurs logements - sur la Grand-Place, rue de Baudreuil, rue Mariolle Pinguet, rue Claude Chappe. En attendant le trio s'est installé à l'Hôtel de la Paix.

avec Xénia


































































   M. Edouard