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à vélo au boulot




































l'Ecole supérieure de filature en 1926













la Dentsch









 

Mme Schmitt, M. Greiner, Jean

 

 


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Jean et les autres
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Jean tombe dans le textile

Concernant la scolarité de Jean on n’a que des indications fragmentaires. Il a fréquenté la «Mittelschule» qui, dans la structure scolaire allemande, était un segment intermédiaire entre le primaire et le secondaire. N'ayant pas d'équivalent dans l'organisation française de l'enseignement, elle devient cette bizarre "Ecole primaire supérieure et moyenne" où il est photographié en 5e classe, à l'âge de 10 ans en 1920. A l'époque cette école accueille cependant aussi les enfants pour un cycle complet dès l'âge de 6 ans et Jean a donc pu y effectuer toute sa scolarité primaire jusqu'au certificat d'études. Le bâtiment, inauguré en 1876 en bordure du Bd de Belfort (actuel Bd Roosevelt), a alors un caractère vétuste: le chauffage central et l'éclairage électrique n'y seront installés qu'en 1930. Depuis elle abrite un LEP commercial. 

    Quittant la Mittelschule à 14 ans, Jean a suivi - de 1924 à 1927 - une formation secondaire courte de trois ans dans la section industrielle de l'Ecole primaire supérieure. Celle-ci dispensait à des élèves, admis après le certificat d'études et sur examen, un enseignement principalement axé sur les travaux pratiques et la préparation à la vie professionnelle afin de former les cadres dont avait besoin l'industrie manufacturière. Cet enseignement - gratuit, contrairement au Lycée - offrait aux fils d'artisans et de commerçants des possibilités de promotion et correspondait donc exactement au profil sociologique de la famille Krebs. Parallèlement, d'octobre 1923 à octobre 1926, Jean suit un apprentissage de mécanicien et passe avec succès l'examen de compagnon le 21 avril 1927. Peut-être était-ce une précaution voulue par son père qui, foncièrement pessimiste, voulait assurer au moins cette formation à son fils. 

     Il subsiste en tout cinq photographies de classe qui permettent de suivre de façon discontinue l'évolution du jeune garçon de l'école primaire jusqu'à la dernière année de l'EPS où il apparaît à 16 ans en culottes courtes, comme la plupart de ses camarades, dans un groupe encadré par deux professeurs moustachus. A bien regarder, on aperçoit sur le genou gauche une écorchure, certainement la séquelle d’un match. Il s'agit cette fois d'une vaste école de construction récente, ouverte à la rentrée 1921, rue Josué Heilmann, pour accueillir des classes de garçons et de filles. On reconnaît d'ailleurs sur la dernière photographie le porche d'entrée du bâtiment qui abrite depuis la Libération le collège, puis lycée Lambert. 

      On sait en fait peu de choses sur sa jeunesse. Son tempérament actif le portait plus à s’investir dans le présent qu’à s’intéresser au passé et il n’a guère livré de souvenirs personnels. Pour l’anecdote, un de ses seuls souvenirs d’enfance rapportés est l'épisode des boules de neige lancées par un groupe de garnements à l’intérieur d’une maison à travers une fenêtre laissée ouverte – une mauvaise farce à laquelle ce garçon sérieux et posé a certainement participé plus en spectateur qu’en acteur.

    Jean a certainement obtenu le brevet supérieur sanctionnant la scolarité de l'EPS, mais le diplôme n'a pas été conservé. On possède en revanche un diplôme d'honneur qui lui a été remis en 1937 comme membre fondateur de l'Association des Anciens Elèves des Ecoles Primaires Supérieures de Mulhouse. L'EPS, conçue pour "donner l'habitude et le goût des travaux industriels", n’a pas pu lui fournir une large culture générale avant sa spécialisation technique. Traçant un portrait de son père, industriel mulhousien, l'académicien André Siegfried écrit: "Il n'aura jamais de culture intellectuelle, et jamais il ne se souciera d'en avoir. Il sera instruit, remarquablement informé, aura tout ce dont il aura besoin pour son action du moment, mais le goût désintéressé des choses de l'esprit lui restera étranger". Jean a été imprégné de cet état d'esprit; c’est ainsi qu’il n’a jamais été attiré par la lecture, hormis les revues techniques et les journaux, avec un intérêt particulier pour les rubriques sportives. Ce n’est pas non plus un grand épistolier: il se situe à un niveau intermédiaire entre les intellectuels Robert et Xénia, et leurs longues missives, et le silence de Paul, le sportif professionnel. 

     Doué pour les sciences appliquées, il construit, tout jeune, un poste de radio à galène. Par la suite il n’aura plus le temps ni l’envie de travailler de ses mains, ni d’ailleurs la nécessité, ayant à l’usine tous les corps de métier à sa disposition. Il s’intéresse pourtant longtemps à l’évolution technologique et, dans les années 1950, il sera un pionnier de la réception des émissions télévisées à longue distance, ce qui permettra, entre autres, d'assister en 1954 avec voisins et amis au couronnement d'Elisabeth II. A cet effet il s'associera avec Pierre Greuet, un inventeur saint-quentinois, détenteur de nombreux brevets développés en collaboration avec l'entreprise Portenseigne. Une impressionante antenne sera fixée dans le grand accacia du jardin, puis sur le toit de la maison d'où elle chutera un jour avec fracas sur le café d'à-côté, déclenchant une panique parmi les consommateurs.

    Un projet jamais mené à bien a été la réalisation d’une idée apparemment judicieuse: la fabrication de minisavonnettes jetables après un seul usage. Il avait fait construire à cet effet un appareil à manivelle destiné à débiter en lamelles des blocs de savon et avait pressenti son frère Paul, au chômage, pour assurer la distribution du produit. Paul, réaliste, déclinera la proposition en faisant valoir que, sans carte de VRP, il se "ferait jeter". Comme le montrera aussi la gestion de l’atelier de fabrication de gants de toilettes «Jyka», censé occuper sa retraite, Jean avait une âme de technicien et non de commerçant. L’argent, en fait, ne l’a jamais intéressé et il a toujours montré un grand désintéressement, voire une générosité qui lui valait parfois les reproches de son épouse. Cette attitude s’accentuera dans ses dernières années, faisant de lui une proie facile pour un entourage qui a su tirer part de cette faiblesse.

     A la rentrée de 1927, à l’âge de 17 ans, Jean intègre la vénérable École supérieure de filature, tissage et bonneterie de Mulhouse dont la fondation, sous le patronage de la Société Industrielle, remonte à 1861 (devenue entre-temps l'ENSITM, elle a été intégrée depuis 2006 dans les formations en ingéniérie de l'ENSISA). Elle constituait un passage obligé pour l'ingéniérie textile et recrutait ses élèves dans toute la France et jusqu'à l'étranger. Dans le registre des inscriptions Jean est précédé par Mohamed Kamal Bey, 50 ans, originaire du Caire, et compte parmi ses condisciples des Polonais, Hongrois, Grecs, Italiens, etc... (on n'a pas retrouvé en revanche le nom de ce Hervé Sioc'han de Kersabiec dont il citait le nom par plaisanterie!); lui-même est désigné comme Suisse sur les feuilles de notes. En 1928 sur 164 élèves on comptait 72 étrangers dont 30 Polonais. Les anciens bâtiments (1864) - dont les ateliers en shed - situés au 3 quai des Pêcheurs le long du canal de décharge de l'Ill, abritent désormais l'école des Beaux-Arts et ont été repeints de couleurs vives correspondant à leur nouvelle destination.

       En vue de son inscription Jean s'était fait établir en mai par la Direction de la police de Mulhouse un certificat de bonne vie et moeurs. Les études forment des ingénieurs en deux ans. La première année (1927-28) Jean s'inscrit en section filature. On possède une brochure humoristique publiée par les élèves de cette promotion. Une lettre de l’École confirme en juin 1928 son inscription en section de tissage pour la deuxième année pour laquelle on possède une copie du rélevé de notes et le rapport de Paul Schlumberger dans le Bulletin de la Société Industrielle. Il apparaît qu'il a obtenu deux 19 en technologie et qu'il termine premier sur 60 candidats avec une moyenne de 16,46. Lorsqu’il obtient son brevet d'ingénieur textile le 13 juillet 1929 (diplôme de 1er ordre - 1646 points sur 1800), il est, à 19 ans, le plus jeune élève de sa promotion. Ses parents ont gardé les quittances semestrielles des «frais d’écolage» qui se montent à 3.300 F pour 1927 et 5.450 F pour 1928, sans compter les fournitures scolaires, facturées à part. Les études des garçons, s’ajoutant aux frais médicaux pour Xénia, constituaient un véritable sacrifice pour les parents. Mais pour le père, qui n’avait pas eu la chance d’étudier, c’était l’espoir d’une vie meilleure pour ses enfants.

    On a conservé de son passage à l'école deux vues de machines en coupe, véritables chefs-d'oeuvre de dessin industriel (une "peigneuse coton SACM" daté du 31/05/1928 et un "continu Brooks et Doxey, non daté, mais noté 19). A propos de ces dessins il rappelait qu'un traitement à l'électricité lui avait évité d'avoir les mains moites. Une autre intervention médicale a été le percement des tympans à la suite d'une otite. Cette opération, outre qu'elle le handicapait pour la nage, a dû contribuer - avec l'exposition au vacarme continu des machines - à la surdité de son grand âge.

     Dès la cérémonie de remise des diplômes, il est recruté directement par M. Paul Schlumberger en personne, président du CA de l'Ecole, mais aussi président de la Société Industrielle et dirigeant d’entreprise. Comme Jean, intimidé, ne sait que répondre aux éloges qui lui sont décernés, son nouveau patron se félicite d’avoir recruté un ingénieur et non un avocat. Au 1er octobre 1929 Jean entre donc chez Schlumberger Fils et Cie, une entreprise prestigieuse, intimement liée à l’industrialisation alsacienne. C’est aussi la rencontre avec un état d’esprit qui animait les familles à l’origine de cette industrialisation au XIXe siècle, les Schlumberger, les Koechlin, les Mieg, les Dolfuss. Ces fondateurs alliaient compétence industrielle, principes moraux protestants et engagement social. Ils prônaient en particulier une sorte de sacerdoce du métier au service de la transcendance de l’entreprise. Ces idéaux sont assez proches de ceux de Jean qui est pourtant issu d’un milieu social différent. Lui-même, comme étranger sans droit de vote, n’a pas participé dans son pays de résidence à une vie politique qui l’intéressait d’ailleurs assez peu. Par nature ennemi des conflits, il penchait pour une conception irénique des rapports sociaux, entrepreneurs et salariés travaillant en bonne intelligence, sur le modèle de la paix sociale instaurée en Suisse.

       Le lieu de travail du jeune ingénieur est donc la «Dentsch», située en bordure de cette rue de l’Espérance où habite celle qu’il va rencontrer un peu plus tard. C’est en cet endroit que se trouvaient à l’origine, au bord de l'Ill - qui sera par la suite détournée - la fabrique et la maison d’habitation du patron de la filature Schlumberger, Grosjean et Cie, devenue plus tard Schlumberger, Koechlin & Cie. Ce vaste ensemble de bâtiments industriels, n’abritant plus que des entrepôts et quelques PME, sera démoli en 1963 pour faire place aux immeubles sans âme qu’on y voit aujourd’hui. C’est là que Jean est photographié avec une équipe d’ingénieurs dans une salle de machines, dans un bureau et surtout dans le «bureau technique» en mars 1931, en compagnie de M. Greiner et de Mme Schmitt, sa future belle-mère. Celle-ci, dans une lettre à sa fille en 1932, fait allusion au zèle déployé par le jeune ingénieur: on lui a rapporté que MM. Schoen (directeur technique?) et Krebs «parcourent toute la journée l’usine pour tirer le maximum de productivité des machines» [den ganzen Tag in der Fabrik hantieren, um aus den Maschinen die höchste Leistung herauszuholen]. Elle ne se doute pas encore que cet ingénieur actif et perfectionniste sera bientôt son gendre.

       L’embauche a lieu au mois d’octobre 1929. Elle se trouve donc coïncider avec la krach boursier et le début de la Grande Dépression, une conjoncture qui va influencer la carrière du jeune ingénieur au cours des années suivantes. En 1934, à cause de la "crise sans précédent qui sévit dans notre industrie", la Dentsch est obligée de réduire ses effectifs. Jean est licencié le 30 novembre 1934 avec un certificat élogieux: "Vu ses capacités et son ardeur au travail, nous lui avons confié la surveillance des travaux de réorganisation de notre Tissage et par la suite ceux de notre Filature". On remarque que, dès ce premier emploi, Jean s'occupe de réorganisation, une activité qui deviendra sa spécialité. Ce premier emploi s’étend donc sur cinq ans. A partir du 1er décembre 1934, c’est la SAPIT, une entreprise de Stosswihr, qui appose son cachet sur le carnet de cotisations, sans qu'il y ait donc eu de période de chômage entre les deux emplois. A l’occasion de ce changement d’employeur Jean se fait établir un certificat attestant qu’il a résidé à Mulhouse depuis sa naissance jusqu’au 3 décembre 1934.

    Dès lors, sa vie se partage entre les sorties dominicales entre amis, les déplacements sportifs et l’activité professionnelle. Entre-temps, il continue à vivre chez ses parents avec ses frères et sa soeur, certainement toujours prêt à donner un coup de main quand on a besoin de lui. C’est par des cartes toujours très laconiques, envoyées chez lui et signées «Salutations Hansi», qu’il signale ses déplacements de loisir ou de sport. On apprend ainsi qu’il joue contre Graffenstaden en 1932. On a des cartes non datées de Strasbourg, Fribourg en Suisse, Évreux.

       Les loisirs eux-mêmes sont sportifs puisqu’il s’agit d’excursions entre amis dans les Vosges, grandes balades estivales autour du Hohneck ou journées de ski au Markstein Les mêmes personnages se retrouvent sur les différents clichés et permettent de nommer les membres de ce cercle d’intimes: Charles/Charlot Buchi, Marie et Charles Daske, Jacqueline Haas, Marthe Lutz, Richard Mertz, Auguste/Gusti Weiss... et surtout, pour la première fois: Jeanne Schmitt.

Mais ceci est une autre histoire: la conjonction des destins qui se prépare ainsi fera l’objet de la 3e partie de la Saga.

au Hohneck

  



























          le lycée Lambert





















Publication de la promotion 1927-28
















à la Dentsch