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à Hegenheim


 

 

 


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Les ancêtres / A l’aube du souvenir / Les Schray et Stoll / Hans et Anna /
Jean et les autres
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Le quatrième suit le troisième et se prénomme Paul

Paul Fernand Krebs naît le 25 juin 1914 à Mulhouse. Il est certainement le moins prolixe des enfants Krebs, sauf dans les lettres où il demande des subsides. Les quelques cartes expédiées par lui et conservées se réduisent peu à peu à la mention «bons baisers» ou «bonjour» et à la signature «Poli»; elles ne sont plus datées (dans une des cartes encore datées du début il se trompe d’une année). Entre 1934 et 1937 seules sont conservées trois cartes à la famille, expédiées de Sewen, Deauville et Nancy. Des circonstances extérieures ont pu toutefois être la cause de ce déficit de souvenirs matériels, comme le désintérêt de sa fille Michèle pour ces «vieilleries» (ce qui a conduit à la rupture avec sa tante Xénia) 

    «Poli» était un enfant «difficile». Sa sœur se souvenait d’une scène typique: leur mère courant derrière lui, armée du battoir à tapis et l’invectivant en alsacien: «Du Kanalwackes ! Du Elander !» [espèce de vaurien (expression mulhousienne: voyou qui traîne au bord du canal) ! misérable !]. En revanche, d’après le témoignage de Georges Stoll, elle était aussi le meilleur supporter de son fils et, debout à la barrière du public, elle était la première à applaudir à ses exploits footballistiques. Adulte il restera une cause de soucis pour ses parents, en particulier pour son père, facilement affecté par ses incartades.

    On peut reconstituer en pointillé sa scolarité grâce à quelques documents conservés. Le 10 juin 1927, son père acquitte les frais du 2e terme pour le Lycée (Gymnase) de Mulhouse (classe 5e A2: 144,50 F). On possède cinq photographies de classe où on le voit grandir en affichant toujours le même air décidé et la mèche rebelle. Celle où il est le plus âgé, du 22 juin 1930, le montre en troisième et dernière année de la section industrielle de l’EPS, l’École primaire supérieure que son frère Jean a fréquentée avant lui et dont on reconnaît le porche. Il s'est donc, lui aussi, orienté vers une scolarité secondaire "moderne", plus courte et pré- professionnalisante. Cette même année en effet, à 16 ans, il termine sa scolarité secondaire avec le brevet d’enseignement primaire supérieur, section Arts et Métiers, qui lui est délivré par la commission d’examen siégeant à Colmar, le chef-lieu du département, le 1er juillet 1930.

    Comme son frère aîné Jean, Paul entre à l’École supérieure de filature, tissage et bonneterie de Mulhouse, mais seulement à la rentrée de 1931, donc après un hiatus d’un an dans sa scolarité. Sans doute était-il trop jeune, à 16 ans à peine révolus, pour être admis directement à l'Ecole; à moins qu'il n'ait eu une première alerte de santé. On a son certificat d’admission pour l’année 1931-32 en section filature et une photographie de la promotion de l’année où il figure au milieu d’une centaine de jeunes gens. Pour la rentrée de 1932 il est admis en section tissage. En septembre on le voit encore à Lucelle se dépenser en diverses activités sportives malgré une alerte à la tuberculose. Sous des dehors solides de sportif se cachait une certaine fragilité, accentuée par un style de vie imprudent. Comme l’écrit son frère Robert: il a toujours su ce qu’il veut, mais pas ce qui est bon pour lui. Cependant il termine l'année avec succès et obtient son diplôme d’ingénieur en 1933. 


     Bordeaux  4/03/1934

    Pourtant il a autre chose en tête qu'une carrière d'ingénieur et malgré ses ennuis de santé il se prépare activement à une carrière footballistique. Déjà en 1931, encore junior, un portrait en buste s'intitule fièrement "Poli footballeur". Il fait ses premières armes avec un club qui possédait le terrain du Vélodrome près du Fb. de Colmar: le CAM (Cercle athlétique de Mulhouse), issu en 1928 de la fusion de l'ASM (Association sportive mulhousienne) et de l'Olympique de Mulhouse. Tout en poursuivant ses études d'ingénieur il y effectue les saisons 1931-32 et 1932-33. C'est ainsi qu'il participe, en marquant un but, à l'exploit du 16/12/1932, qui voit la modeste équipe locale du CAM battre en Coupe de France, par 4 à 0, l'Olympique de Marseille, triple vainqueur de cette même Coupe. 

 et le football mulhousien

    En 1932 le professionalisme est introduit dans le football français et le FCM (Football Club de Mulhouse) est le premier club alsacien à créer une section professionnelle. Paul, plus passionné par le foot que par le textile, voit s'ouvrir la possiblité d'une véritable carrière sportive. C'est dans ces circonstances que, dès la fin de ses études, il est recruté par le FCM pour participer au championnat professionnel pour la saison 1933-34. Il figure alors sur un panneau cartonné représentant, en médaillons, les joueurs du "FC Mulhouse 1893" autour de leur nouvel entraîneur, Rodolphe Hanak, venu lui aussi du CAM. Le FCM vient d'être relégué en Division II après une saison 1932-33 calamiteuse où il a terminé dernier de la division I, groupe A. Paul participe donc à la renaissance de son équipe qui, lors du championnat de 1933-34, finit 3e du groupe Nord de la division II et réintègre la première division après sa victoire sur Rouen en match de barrage. Une photographie de l'équipe, intitulée "Bordeaux", garde le souvenir d'un déplacement pour un "match de propagande" contre une sélection du Sud-Ouest: douze jeunes gens, cheveux gominés, veston, cravate et pantalon de golf posent avec leur coach. "Poli", debout à l'extrémité du 2e rang, apparaît petit et large d'épaules. A-t-il été remarqué par les dirigeants normands lors de la poule de barrage? Toujours est-il qu'il quitte le club mulhousien pour effectuer la saison 1934-35 au Stade Malherbe de Caen à qui il permet de remporter son premier match professionnel en marquant le but de la victoire contre le FC Metz. Il n'y jouera certainement qu'une saison: en effet, en novembre et décembre 1935 survient une nouvelle alerte médicale grave qui nécessite un séjour à l'hôpital où la jeune épouse de Jean vient lui rendre une visite qu'elle mentionne dans son agenda.*

    En septembre 1933 Paul, de nationalité suisse par son père, s'était fait naturaliser français, comme Robert et Xénia, pour faciliter son insertion professionnelle. Il avait en effet été d'abord été comptabilisé dans le quota des joueurs étrangers du FCM. A cette occasion son père - précaution ou fidélité à la patrie d'origine - fait confirmer en Suisse, à Oppligen, la persistance de la première nationalité de Paul et de sa soeur Xénia. La contre-partie de cette naturalisation - a priori raisonnable - est l'obligation du service militaire. C’est en 1936-37 que se situe l’intermède du service qui lui permet pourtant de rester dans sa région grâce à son affectation au Secteur fortifié d'Altkirch, une prolongation tardive de la ligne Maginot vers le Sud. On a une photographie de lui en «troufion», avec l’indication «Hegenheim mars 1936» (localité à la frontière en face de Bâle), et c’est avec un certificat de bonne conduite que, le 11 août 1937, le caporal Paul Krebs quitte le 171e Régiment d’infanterie de forteresse. Ce "Régiment du Haut-Rhin",  avait été créé en août 1935 pour occuper ce secteur dont la ligne de défense principale s'étendait de Kembs à la frontière suisse (près de Lucelle). Il n’a pas abandonné le sport pour autant puisque une coupure de journal relate en allemand un match du championnat militaire qui a opposé, au stade du Tivoli à Strasbourg en quart de finale, le 171e RIF de Mulhouse au 162e RIF de Metz. Mulhouse s’est fait battre 3 à 0, mais: «Chez les Haut-Rhinois on a particulièrement remarqué Krebs au poste d’inter droit» [Bei den Oberländern gefiel besonders Krebs auf dem Halbrechtsposten»].

    Après son service Paul reprend une carrière sportive qui sera brutalement interrompue par la guerre. Il apparaît sur la photographie de l’équipe de l'A.S. Troyes-Sainte-Savine 1938-39 (ASTS). L'équipe champenoise, née en 1930 de la fusion de l'Union Sportive Troyenne et de l'Association Sportive Sainte-Savine,  évolue cette année-là en 2e division et accède aux quarts de finale de la coupe. C’est apparemment donc une opportunité sportive qui a décidé de sa première installation, qui deviendra définitive, dans la région troyenne. Un exemplaire conservé de La Tribune de l'Aube et de la Haute-Marne du 23 octobre 1938 - envoyé par Paul à ses parents - titre en page sportive: "Un nouvel exploit de Krebs qui d'une tête fort bien venue paracheva la victoire". Il s'agit de la victoire de Troyes sur Colmar par 2 à 0. En seconde mi-temps un "tir terrible" de Paul Krebs, détourné en corner, avait été à l'origine du premier but troyen; puis c'est un centre qu'il reprend de la tête "de façon splendide", signant ainsi le score final. L'article nous apprend aussi que Paul, d'abord inter, donne désormais toute sa mesure au poste d'avant-centre. Lors de son décès en 1978 un article nécrologique de Libération-Champagne évoquera encore "ses formidables reprises de volée".

        

 

     Toutefois, malgré ces exploits l'ASTS se traîne en queue de classement. C'est sans doute cette constatation qui a incité Paul à quitter l'équipe champenoise au bout d'une saison pour tenter sa chance à Lille-Fives, au Sporting Club Fivois, une bonne équipe de 1ère division qui a accédé cette année-là à la demi-finale de la coupe. Une longue lettre du 19 août 1939 à son frère Robert, à en-tête de l’Aubette - le siège du club - 51 rue Faidherbe à Lille, nous apprend qu’il vient d’arriver dans la métropole nordiste et qu’il a signé un contrat avec l’équipe professionnelle de Fives. Comme nouvel arrivant il sera d’abord affecté à la réserve. Le véritable but de la lettre n’est cependant pas de donner des nouvelles, et ici se révèle un aspect de la personnalité de Paul, l’éternel « tapeur ». Après de longues circonlocutions il se lance: «Tu m’as compris déjà, je n’en doute pas. Il s’agit encore une fois de ‘pèze’». Il vit avec l’argent avancé par papa, l’hôtel coûte cher, il ne touchera son premier salaire de 1.500 F pour le mois d’août que début septembre, il a dû régler une dette pressante à Troyes et il est poursuivi par une «poisse tenace»... Plus tard, son père fera une récapitulation des subsides envoyés à Poli et arrivera à la somme de 93.000 F entre 1945 et 1948.

* Remerciements à Pierre Perny dont l'ouvrage "La grand époque du football alsacien" a fourni de précieux renseignements sur cette péridoe.








 












































































        Insigne du 171e RIF